Entretien avec Thierry Charles auteur d'un ouvrage sur la réforme des délais de paiement
CFO-news : Thierry Charles bonjour, vous êtes l'auteur de "Réforme des délais de paiement et modernisation de l’économie. De l’intention aux actes ?" Pourquoi avoir décidé d’écrire un ouvrage sur la réforme des délais de paiement ?
Thierry Charles : D’une
part, parce que « le terrain » ne ment pas. En effet, aujourd’hui il y a une
trop grande distorsion entre le travail du législateur et la pratique
quotidienne dans l’application des réformes. Depuis quelques années, les règles
juridiques, tant sur le plan social qu’en droit des affaires, ne sont plus en
phase avec le contexte auquel elles sont destinées. Et comme le rappelait
récemment Maître Jacques Barthélémy : « A terme, cela ne pourrait qu’amener
l’ineffectivité total du droit, situation paradoxale dans la mesure où les
réticences au changement auront été dictées par la volonté de préserver sa
fonction protectrice ».
De ce point de vue, la réforme des délais de paiement, ou plus globalement la
loi de modernisation de l’économie (LME) votée le 4 août 2008, en est un bon
exemple. Proche de cette réalité quotidienne, de part mes fonctions de
Directeur des affaires juridiques dans une grande organisation professionnelle,
Allizé-Plasturgie, membre de la
Fédération de la Plasturgie, ma contribution permet aux praticiens
de prendre conscience des rigidités qui freinent les évolutions, notamment dans
les relations commerciales, et qui fragilisent la situation financière des PME.
D’autre part, parce que j’ai eu la chance de participer très en amont au travail de lobbying sur le projet de loi Lagarde, aussi bien au Parlement, à Matignon et même à l’Elysée. Enfin, eu égard ma double formation qui me permet de combiner et d’intégrer les points de vue de l’économiste et du juriste, j’ai pensé que cette réflexion, dans cette période particulièrement troublée que traverse notre industrie, était nécessaire, à défaut d’être suffisante.
CFO-news : Quels sont les grands thèmes abordés dans ce livre ?
Thierry Charles : Il
s’agissait tout d’abord de dénoncer l’hypocrisie qui existe depuis des années
en France à propos des délais de paiement. Rien ne justifie que les PME
contribuent, depuis plus de 40 ans, au financement des grandes entreprises ou
des entreprises publiques. Le recours systématique aux délais de paiement
demeure la première source de financement à court terme des entreprises. Dès
lors, en quoi la réforme de 2008 serait un crime de lèse-majesté envers les
entreprises, notamment de la grande distribution, qui ont crée des empires sur
le dos des fournisseurs, fabricants et sous-traitants devenus au fil du temps
les banquiers de leurs donneurs d’ordre ?
Que dire également du risque majeur (c’est la 2ème partie de mon ouvrage) qui consistait à vouloir libérer, dans le projet de loi, la « négociabilité » des conditions générales de vente, ultimes remparts des PME contre les pratiques abusives dans les relations inter-industrielles. J’avais déjà eu l’occasion d’alerter les pouvoirs publics dans un article paru dans le journal « La Tribune », le 20 février 2008 », intitulé : « Non, Madame le Ministre, les conditions générales de vente ne sont pas négociables », mais il fallait aller plus loin. Enfin, la dernière partie de mon livre envisage une sortie par le haut : via le « small business act européen », affirmé dès 1953 par les pouvoirs publics américains.
En résumé, au fil des pages je détaille les pièges et les difficultés de la réforme, tout en appelant de mes vœux une nouvelle forme d’échange dans les relations commerciales. Ce qui ne passe pas forcément par une nouvelle intervention du législateur, car comme le disait Montesquieu : « Le signe le plus élevé de la décadence d’une société est la prolifération des lois ».
CFO-news : A qui s’adresse la lecture de l’ouvrage « Réforme des délais de paiement et modernisation de l’économie. De l’intention aux actes ?
Thierry Charles : Avant tout
aux chefs d’entreprise, dirigeants, directeurs financiers, juristes, comptables
tout ceux qui travaillent au quotidien avec les entreprises. Pour autant, je
m’adresse également aux avocats, juges, professionnels du droit et du chiffre,
étudiants qui connaissent mal le monde des PME et encore moins le domaine
spécifique de la sous-traitance, dont la dernière loi remonte à 1975.
A l’occasion des « Etats Généraux de l’industrie », une réflexion a d’ailleurs
été entamée sur le sujet : alors pourquoi ne pas enrichir le débat sur une
prochaine réforme de la sous-traitance, voire même demain imaginer, comme
d’autres, un « droit opposable » à la sous-traitance. Ma démarche, en écrivant
cet ouvrage, modestement y contribue.
D’ailleurs j’envisage d’écrire un nouveau livre sur le sujet, afin de prendre date, et qui pourrait s’intituler : « l’exode industriel français… », une sorte de projet de « nouvelle société » (celui du bien nommé Duc d’Aquitaine, Jacques Chaban-Delmas) pour l’industrie. A ce propos, souvenons-nous des paroles de Georges Pompidou : « la France n'aime pas son industrie ». Or rien n’a changé, malgré les efforts de Christian Estrosi ou encore de Laurent Wauquiez qui déclarait sur RTL, le 12 janvier 2010, « (…) son identité économique, c’est d’être une terre industrielle », en parlant de la France.
CFO-news : Vous parlez dans votre livre du « small business act » pouvez-vous nous en dire plus ?
Thierry Charles : J’aimerais
toujours y croire, malgré le retard que nous avons pris du fait de l’hypertrophie
et des multiples stratifications du droit européen. Sur le fond, il n’y a qu’à
reprendre le préambule du document de travail de la Commission européenne,
rendue publique le 15 décembre 2009, pour comprendre l’enjeu. De quoi s’agit-il
: « Le bien-être des petites et moyennes entreprises (PME) est essentiel pour
l’avenir de l’emploi et de la prospérité dans l’Union européenne.
C’est pourquoi la
Commission a lancé en juin 2008 le «Small Business Act»
européen (SBA), une initiative politique nouvelle et ambitieuse qui vise à
placer les PME au premier plan du processus décisionnel, à renforcer leur
capacité de création d’emplois dans l’UE et à stimuler leur compétitivité aussi
bien sur le marché unique que sur les marchés mondiaux. Le SBA vise à concrétiser,
à titre d’élément essentiel, le principe du «Think Small First» («priorité aux
PME») dans les politiques et le processus décisionnel dans l’UE et ce, à tous
les niveaux.
La crise économique et financière n’a fait qu’accentuer la nécessité d’adopter des mesures politiques complètes et ambitieuses en faveur des PME ». Voilà pour la théorie, mais les PME attendent du concret… Et vite ! Nous avons 50 ans de retard sur les Etats-Unis.
CFO-news : Nous souhaiterions connaître votre avis d’expert sur la crise que nous traversons actuellement ? Selon vous, à quelle échéance pourrions-nous voir les signes avant coureurs d’une reprise ?
Thierry Charles : Je me
refuse à jouer les Casandre en ce début d’année 2010. Je suis las de lire ou
d’entendre jour après jour les chroniques, articles, blogs et autres interviews
qui nous expliquent que « le pire est à venir », ou « qu’il n’est jamais
certain », que « ça ira mieux demain », voire même que « tout va très bien
Madame la marquise… ».
Pour autant je ne veux pas me défiler : je constate, qu’à court et moyen terme,
les préoccupations des PME sont principalement, d’une part, d’ordre financière
(le manque de financement ce que j’appelle « la mort à crédit » et ses
conséquences dramatiques sur l’investissement dans la R&D notamment) et, d’autre
part, d’ordre patrimonial (où sont les repreneurs de demain ? Qui sont-ils ?
Faut-il désespérer du manque de vocation des jeunes repreneurs français ?).
Une entreprise industrielle, se construit sur plusieurs générations. Or les
acteurs financeurs de leur développement, que sont les banques d’une part et le
capital développement d’autre part, ont aujourd’hui des stratégies, le plus
souvent, à court terme (recherche d’un niveau de rentabilité élevé, exigence
d’un retour sur investissement très rapide). Il faut donc changer de paradigme,
voire même être plus audacieux. Dans un de ces derniers livres Peter Sloterdijk
évoque une aventure qui fut selon lui « la plus audacieuse et la plus riche de
conséquences de toutes celles qu’on a jamais osées dans l’histoire de l’esprit
d’entreprise européen » (voir « L’heure du crime et le temps de l’oeuvre d’art
», Paris, Calmann-Lévy, 2000, p. 145-147).
Cette histoire se situe au XVème siècle, lorsque les Européens ont tourné leurs
regards vers l’Atlantique pour élargir leur horizon. Ils se sont adressés aux
marins portugais pour résoudre un problème à l’époque insurmontable : celui de
revenir contre les vents. Une idée est venue aux marinheiros portugais : « les
marins portugais se sont fiancés avec le vent. Ils se sont laissés tomber –
d’abord en pensée, puis sur des navires – dans les belles brises fiables qui
soufflent sur l’océan et éloignent de l’Europe. Ils ont franchi la frontière, à
partir de laquelle il n’existe plus d’espoir rationnel en un retour, et ont laissé
l’alizé les porter en haute mer, engageant inconditionnellement leurs navires
et leurs vies. (…)
Leur idée était de se laisser tomber vers la haute mer jusqu’au point où, après
avoir obstinément tenu le cap à l’ouest, l’alizé du nord-est, à une distance
vertigineuse, les pousserait dans les zones du vent d’ouest, dans lesquelles on
trouverait le vent du retour ». Cette manœuvre s’appelle « Volta do mar », la
volte de mer. Aussi pour sortir de la crise, il nous faut trouver « la volte de
la croissance ». C’est tout l’enjeu des 20 ans à venir, sinon les mêmes causes
produiront demain les mêmes effets.
CFO-news : Un de vos parrains pour ce livre est COLLECTYS l’outil de pilotage du poste client. Pouvez-nous préciser ce que COLLECTYS peut apporter dans le contexte actuel ?
Thierry Charles : Effectivement.
COLLECTYS est l’outil édité par la société BGD qui est spécialisée dans les
solutions pour la Gestion
de la Relation Financière Client.
C’est un éditeur d’expérience qui bénéficie d’une très bonne notoriété
notamment dans le métier du crédit management et du recouvrement. Une des
particularités de cet outil est de pouvoir combiner à la fois de puissantes
fonctionnalités, une simplicité d’utilisation et une convivialité
indispensable.
Aussi et pour répondre précisément à votre question COLLECTYS est avant tout un outil de pilotage du poste client dont la vocation première va être la maîtrise des risques de non paiement et la diminution des délais de paiement négociés.
En outre, COLLECTYS dispose de fonctions qui répondent concrètement aux
problématiques que peuvent rencontrer les chefs d’entreprise, les directions
financières, les services recouvrement, les crédit-managers et apporte une
réelle plus value dans la gestion et l’amélioration des conditions de
paiement.
Par conséquent le choix de ce parrain m’a semblé tout à fait adapté et en cohérence avec le sujet abordé dans mon livre. C’est l’occasion pour moi de les remercier. Si vous me le permettez, je terminerai sur cette question en reprenant le slogan choisit par la société BGD pour identifier ce produit. Il y a certaines entreprises qui se contentent d’un pilotage à vue et d’autres ont fait le choix de choisir des outils métiers tels que COLLECTYS.
Thierry Charles, nous vous remercions
pour cet entretien et vous donnons rendez-vous pour une prochaine actualité
dans le quotidien CFO-news. http://cfo-news.com/
Réforme des délais de paiement et modernisation de l’économie. De l’intention
aux actes ? Livre écrit par Thierry Charles, chroniqueur dans votre quotidien
CFO-news.
Thierry CHARLES, docteur en droit.